23/08/2017

M1, M2, mémoire et grosse galère



En juin dernier, j'ai passé ma soutenance, j'ai validé mon M2 et j'ai ainsi pu mettre un point final à ces deux années de master. Ce furent deux années excessivement fatigantes, stressantes, et en ce qui me concerne, peu réjouissantes. J'ai bien conscience que pour d'autres personnes, ces années peuvent être merveilleuses, et peuvent se présenter comme la découverte du monde de la recherche et le sentiment que c'est l'univers dans lequel on veut évoluer, mais pour moi, ce ne fut pas le cas. Je ne regrette pas d'avoir fait ces deux années, elles étaient nécessaires pour pouvoir passer le concours de l'agrégation externe, mais j'aurais aimé être mieux préparée. Pendant deux ans, j'ai en effet eu le sentiment de me laisser porter (ou plutôt emporter) par la quantité de travail à fournir, et surtout par cette exigence d'indépendance et d'autonomie que l'on attend des étudiant-e-s. Je ne pense pas détenir les clés permettant de vivre ces deux années de façon complètement apaisé-e, mais je pense que mon expérience peut vous donner une idée de ce qui vous attendra durant ces deux années.



Le plus dur à gérer pendant mon M1 et mon M2, ça a tout d'abord été cette demande d'autonomie et d'indépendance. J'arrivais de prépa, et passer d'une structure où l'on est encadré et suivi comme au lycée (ce qui me convenait parfaitement, mais peut ne pas plaire du tout, j'en ai parfaitement conscience) à une formation qui exige de vous une autonomie quasi-complète, m'a complètement déstabilisée. Je n'étais pas du tout prête, j'avais besoin qu'on me guide, qu'on m'explique ce qu'on attendait de moi. Du coup, durant toute mon année de M1, j'ai tâtonné, j'ai essayé de comprendre ce que ma directrice de recherche attendait de mon travail de recherche (bon, il faut dire que j'ai choisi une directrice qui me laissait beaucoup - peut-être même trop - d'autonomie, et il est possible qu'avec une autre personne, ces deux années n'auraient pas été si épuisantes et stressantes), et cela m'a démoralisée. J'avais l'impression de ne pas savoir comment travailler, j'avais l'impression d'écrire des platitudes, je ne savais pas vraiment comment construire un travail de recherche pertinent et légitime. Bref, c'était horrible. Encore aujourd'hui, malgré la validation de mon M2, je ne sais toujours pas si le travail de recherche que j'ai fait était très pertinent. Par conséquent, dans cet article, je ne me permettrai pas de vous donner LA méthode de rédaction, celle qui marche à coup sûr, puisque je ne la connais pas, et j'aurais peur de vous dire des bêtises. Je ne vous parlerais pas non plus de la construction du mémoire, tout bonnement parce que celle-ci varie d'un travail de recherche à un autre. Par contre, ce dont j'aimerais vous parler, c'est de tout ce qui touche à l'organisation, à la gestion du temps et à la planification de vos recherches. Je suis convaincue qu'une bonne organisation de votre travail peut vous permettre de vivre deux années plus sereines. Si je suis parfaitement honnête avec moi-même, avec plus de rigueur dans l'organisation de mon travail j'aurais pu vivre ces années de master plus tranquillement. Mais, comme je suis une grande procrastineuse, et comme j'ai ce réflexe très nul de me dire "oh je n'y arrive pas, au lieu de m'y mettre sérieusement, je vais attendre que cela devienne critique avant de me remuer les fesses", ça a été un peu plus compliqué pour moi.

Je pense que l'une des premières choses à faire, c'est de choisir comme directeur/directrice de recherche une personne avec laquelle vous vous entendrez bien, et qui conviendra à votre manière de travailler. Par exemple, n'étant pas très autonome et ayant besoin d'un suivi régulier, j'aurais dû choisir quelqu'un de très "présent", et non pas une personne me laissant gérer totalement mon travail de recherche. Par contre, si vous êtes indépendant-e et autonome, et que vous avez besoin de cette liberté pour vous épanouir dans vos travaux de recherche, alors ce type de directeur/directrice de recherche est parfait pour vous. Je suis bien consciente qu'il est très compliqué de choisir la personne parfaite pour diriger vos recherches, pour la simple et bonne raison que tous les professeurs ne sont pas spécialisés dans tous les domaines, et que parfois le choix se fait par défaut. Mais si vous avez la possibilité de choisir, faites-le, c'est primordial. Je pense qu'un-e bon-ne directeur/directrice de recherche change clairement la donne. C'est, tout de même, la personne qui va superviser votre travail pendant deux ans, et qui va être la plus à même de vous guider, de vous rassurer, de vous indiquer ce qu'on attend de vous et de vous dire quand vous merdez (car, soyons honnêtes, en master, on merde beaucoup).

Continuons dans la liste des "choses qu'il est utile de faire et que je n'ai pas fait, ce que je regrette maintenant, car rétrospectivement, cela m'aurait beaucoup aidé", avec le suivi personnel de vos recherches. Croyez-moi, pendant deux ans (ou pendant un an, cela dépend en combien de temps vous faites votre mémoire) vous allez lire un paquet de documents concernant votre travail, vous allez réfléchir à de nombreuses pistes de réflexion, et au moment de la rédaction, il est possible que vous oubliez certaines choses. Pour pallier ce petit souci, je pense qu'il peut être sage d'avoir un cahier (ou un document texte, comme vous voulez) dans lequel vous notez tout ce qui touche à vos recherches. Cela peut être des références bibliographiques, des pistes de recherches, des questions concernant le traitement de tel ou tel point dans votre mémoire, des questions que vous voulez poser à votre directeur/directrice de recherche, bref, tout ce qui touche de près ou de loin à votre mémoire. Je ne pense pas qu'éparpiller ces différentes questions/réflexions/informations soit très judicieux, vous allez avoir beaucoup de choses à gérer, et il vaut mieux que tout soit au même endroit. De plus, avec un suivi personnel de vos recherches, vous pouvez prendre conscience de l'avancée de votre travail, ce qui est un boost pour votre moral. Pendant la rédaction du mémoire, et même avant, pendant les recherches préalables, on peut avoir cette impression de stagner. Au moins, en notant ce que vous avez fait dans la journée/semaine, vous vous rendez compte de votre avancée. Je suis convaincue que suivre soi-même l'avancée de son travail permet de l'optimiser, et de ne pas repasser cinquante mille fois par les mêmes questionnements (ce qui, vous l'aurez compris, a été mon cas). Je pense qu'il est très important aussi de noter toutes les questions que vous vous posez quant à l'élaboration de votre travail. Tout d'abord parce que cela vous les sortira de la tête, et ensuite parce que vous pourrez y revenir après, elles pourront être le moteur (ou non, si vous écartez telle ou telle possibilité) de votre travail. Par exemple, en M2 je me suis mise à écrire toutes les questions qui me venaient en tête quant à l'élaboration de telle ou telle partie de mon mémoire. Parfois, ces questions étaient très simples, type "est-ce que c'est vraiment judicieux de mettre cette partie là ou non ?", "est-ce que le traitement de tel point doit être approfondi ? dois-je rajouter quelques citations ?", mais le fait est qu'elles m'ont permis d'avancer plus rapidement dans ma rédaction, et de ne pas rester trop bloquée.

Passons maintenant à quelque chose de moins agréable : le temps de travail quotidien. Bien entendu, durant vos années de master, vous allez vous offrir des vacances, des jours off, il serait vraiment néfaste pour votre santé de ne faire que de la rédaction, que des recherches pour votre mémoire. Il faut prendre du temps pour soi, il faut lâcher un peu. C'est primordial d'avoir des activités extra-scolaires qui vous font du bien et vous ressourcent : cela peut être du sport, sortir avec des ami-e-s, aller au cinéma, passer une soirée tranquille chez vous, bref, il n'y a pas de règles, il s'agit juste d'avoir une échappatoire. Cependant, il est important de s'obliger (oui, c'est pénible) à bosser de façon quotidienne (ou presque, vous l'aurez compris). Ce qu'il est bien de faire, c'est de se fixer un objectif de boulot, soit de façon hebdomadaire, soit de façon quotidienne. Soit vous vous dites, "j'écris tant de pages par semaines/tant de paragraphes, etc.", soit vous vous dites "je bosse tant d'heures". Cela dépend de ce avec quoi vous êtes le/la plus à l'aise. Il est possible que parfois vous n'arriviez pas à avancer, vous n'arriviez pas à vous concentrer sur de la rédaction : dans ce cas-là, ce que je faisais, afin de ne pas trop culpabiliser, c'était des petites choses, je bossais sur ma bibliographie, je relisais et corrigeais certains passages, j'organisais mes citations. L'important, ce n'est pas tant d'être une machine à écrire, c'est de prendre un rythme, et de pouvoir avancer de façon régulière. Je vous promets qu'il est extrêmement épuisant, stressant et étouffant de devoir écrire une quinzaine de pages en deux jours, et que lorsqu'on vous dira "prenez un rythme, organisez-vous, planifiez votre travail", on ne vous ment pas. Il faut être conscient-e, qu'en plus du travail de rédaction de mémoire, s'ajoutera le travail vous permettant la validation des autres enseignements. En M1, je me suis extrêmement mal organisée, et il arrivait que je me retrouve à la fin du S1 à devoir rendre deux dossiers de quinze pages chacun, à corriger un autre dossier, à rédiger mon mémoire, bref, à courir après le temps. Essayez, si possible, de vous organiser tôt. C'est pas très réjouissant, mais c'est utile sur le long terme.

Je pense aussi (mon dieu, que cet article est brouillon et long) que lors de vos travaux de recherche, il faut éviter au maximum de se disperser. Le souci que j'ai rencontré lors de mon M1, c'est que je me suis mise à lire dix livres en même temps, j'ai fiché tout à la va-vite, et bien entendu, ça ne m'a servi à rien (ou alors il a fallu que je ré-emprunte les livres pour confirmer certaines infos, ce qui est une perte de temps monumentale). Avec du recul, j'aurais aimé que l'on me dise : alors, tu lis tel livre, tu le fiches, tu notes tout correctement (les références, les numéros de pages, les citations), tu marques quelles sont tes impressions de lecture (qu'est-ce qui va être pertinent dans cet ouvrage pour ton sujet de recherche, qu'est ce qui ne l'est pas, en quoi la méthode critique se rapproche ou s'éloigne de la tienne, etc.), et une fois tout ça fait : tu passes à autre chose. Le souci en M1, c'est qu'on a envie de tout noter, de tout lire, de tout prendre en compte, d'avoir cinquante mille références, et bien souvent on s'éparpille, on perd du temps et on ne s'aide pas. Au moment de ficher les différents documents dont vous aurez besoin (articles, ouvrages critiques, autres oeuvres, etc.), je vous conseille d'être le plus/la plus rigoureux/rigoureuse possible. Adoptez une méthode de classement qui vous convient (carnet, feuilles volantes, document texte, peu importe) et utilisez-la pour tous les documents qui vous passeront sous la main. Vous l'aurez peut-être compris au fur et à mesure de la lecture de cet article, l'enjeu principal de ces deux années peut se résumer en "comment m'organiser ? comment répartir mon travail ? comment être efficace ?". Ça peut paraître bêta, mais je vous jure que c'est primordial. La recherche, ça peut être très enrichissant, mais si, comme moi, vous n'adoptez pas une bonne méthode de travail, de fichage et de suivi de votre boulot assez rapidement, vous allez courir après le temps.





La rédaction d'un mémoire, c'est à mi-chemin entre un marathon et une course d'orientation. On ne sait pas trop où on doit aller, les indications ne sont pas toujours très précises, mais on sait qu'on doit le finir et qu'on doit rendre quelque chose de complet (enfin, le plus possible) au bout de un ou deux ans (cela dépend de votre université). C'est fatigant, et parfois, on se demande à quoi ça sert. C'est très facile dans ma position d'écrire ça, mais essayez durant ces deux années d'avoir un genre de vue à long terme : votre mémoire, pourquoi le faites-vous ? Cela peut être parce que vous voulez continuer la recherche, parce que vous voulez passer des concours, parce que c'est l'achèvement de vos études et que c'est la porte vers un futur métier. Cela peut également être juste pour vous : vous avez envie de le finir, c'est pour clore un moment de vos études. Pendant deux ans, ce qui m'a fait tenir quand j'avais envie de tout lâcher, c'était de me dire que ce mémoire, c'était à la fois la fin d'un cycle (donc petite fierté personnelle, tenir cinq ans, ce n'est pas rien), mais aussi la porte vers quelque chose de nouveau, et qui me faisait envie.

Cet article peut sembler un peu négatif. Il me faut donc relativiser un petit peu mon annonce initiale de "mon dieu, j'ai vécu une horreur". Certes, ces deux années ont été très éprouvantes, et je ne me suis pas particulièrement épanouie dans mes études. Pour autant, j'en tire "du positif". Tout d'abord, j'ai pris conscience que j'étais capable de bosser seule, de bosser sérieusement et que je pouvais produire quelque chose de correct. Mon sujet d'étude m'a tout de même grandement intéressée, et a confirmé certaines de mes envies. Durant deux ans, j'ai travaillé sur la place des femmes dans la littérature (principalement au XIXe siècle, mais avec mes recherches j'ai pu avoir un semblant de vision globale) et cela a, forcément, renforcé mes convictions féministes. Si la recherche ne m'a pas du tout plu (mais alors, pas du tout), cela m'a tout de même permis de comprendre que ce que je voulais, c'était transmettre, partager, vulgariser, expliquer. Je veux enseigner, et j'espère vraiment réussir le concours.

Ces deux années m'ont également beaucoup appris sur moi, j'ai un peu appris à lâcher du lest, j'ai beaucoup relativisé et mis les choses en perspectives. Je me suis un peu découverte lors de ces années de master : je suis tenace et endurante, et même si le stress me paralyse parfois, j'arrive à aller au bout de choses que j'entreprends. Bien sûr, si je m'en suis aussi bien sortie, c'est parce que ma vie en dehors des études était épanouissante, j'ai eu la chance d'être très bien entourée et soutenue. Durant mon M1 et mon M2, j'ai eu le temps de découvrir ce qui me plaisait en dehors des études (et ça m'a fait un bien fou, moi qui n'existais qu'à travers mes études...), j'ai commencé à mettre le museau dehors de façon un peu plus sérieuse. Ces années m'ont fait grandir, elles m'ont forcée à me débrouiller seule, à assumer un projet de recherche, à croire en moi (même si je travaille encore dessus). Je n'aimerais pas les revivre, mais je suis contente d'être passée par là.

J'ai posé un peu pêle-mêle ce que ces années de master m'ont fait vivre, je ne sais pas si cet article aura une utilité véritable, j'espère tout de même ne pas avoir raconté trop de fadaises. Bien entendu, l'expérience de chacun-e est unique, et si j'ai mal vécu mon M1 et M2, ce n'est pas forcément le cas de tout le monde. J'espère de tout coeur que vous vous épanouirez dans cette voie, si c'est celle que vous avez décidé de poursuivre. Je pense sincèrement (dans ma grande naïveté) que l'on peut tirer de chaque année d'étude une forme d'enseignement. C'est peut-être quelque chose auquel je me raccroche, compte tenu des deux années passées, mais peu importe. Je vous souhaite plein de réussite (dans la recherche, ou dans tout autre domaine), et je vous dis à bientôt.

Si vous avez des questions plus spécifiques sur le mémoire, sur mon parcours, etc., n'hésitez pas à m'en faire part dans les commentaires ou sur twitter. Si vous voulez également relativiser ma vision du mémoire, n'hésitez pas, votre témoignage sera le bienvenu ! 

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